Les contentieux commerciaux avec les Américains
Comment éviter d'être attaqué aux Etats-Unis
Comment mieux se défendre en cas de litige
(Le 14 janvier 2003)
Auteur: Jonathon Wise Polier
Attorney-at-Law (Paris & New York) - Avocat aux Barreaux de Paris
et de New York
j-polier@paris-law.com?
Plan
Quand votre société doit négocier un contrat, exporter
ou faire face au danger d'un litige international et qu'elle a des rapports
commerciaux avec une société américaine ou une personne
physique de nationalité américaine, il s'avère utile
de connaître certaines divergences juridiques et d'éviter
certains pièges.
Choix du forum
Normalement, tous les litiges commerciaux entre les sociétés
Françaises et les sociétés Américaines seront
dirigés devant l'une des instances suivantes :
-
un Tribunal aux ETATS-UNIS (Fédéral ou d'un Etat),
-
un Tribunal de Commerce (TDC) en FRANCE,
-
l'American Arbitration Association (AAA), si les parties l'ont prévu,
ou
-
la Chambre de Commerce Internationale (CCI), soit à Paris, soit
à New York, si les parties l'ont prévu.
Chaque instance représente certains avantages et certains désavantages.
Quand la direction des sociétés françaises est consciente
des enjeux, elle peut mieux gérer la situation en aval.
Tribunal aux ETATS-UNIS (Fédéral
ou d'un Etat)
Les principaux désavantages d'être la partie défenderesse
devant un Tribunal aux ETATS-UNIS (Fédéral ou d'un Etat)
sont les suivants :
-
Il faut trouver un bon Avocat américain, souvent dans l'Amérique
profonde.
-
Le "Pre-trial discovery" coûte cher en temps pour vos cadres et en
frais d'honoraires et de débours.
-
la durée (souvent plusieurs jours) d'un procès devant un
Tribunal, même après que la longue période du "Pre-trial
discovery" soit terminée.
Les principaux avantages d'être la partie défenderesse devant
un Tribunal aux ETATS-UNIS (Fédéral ou d'un Etat) sont les
suivants :
-
l'action en justice coûte presqu'aussi cher à la partie demanderesse,
ce qui peut encourager la partie américaine à accepter un
arrangement.
-
le "Pre-trial discovery" peut vous donner accès aux documents nécessaires
pour prouver les fautes graves des Américains. Ces informations
peuvent être très utiles pour formuler et prouver vos demandes
reconventionnelles.
-
vos demandes reconventionnelles peuvent vous donner le droit à des
"Punitive damages" ou "Statutory damages" importants.
Le "Pre-trial discovery"
En FRANCE, comme dans d'autres pays de droit civil, chaque partie ne
présente normalement au tribunal que les pièces qu'elle possède
et qu'elle juge utiles.
Aux ETATS-UNIS, les parties disposent d'un pouvoir qui fait penser à
ceux d'un juge d'instruction, car elles peuvent obliger une autre partie
à produire presque tous les documents confidentiels qui pourraient
conduire à la découverte d'une preuve pertinente. En conséquence,
par exemple, les rapports internes de la partie adverse qui ont été
adressés au P.D.G. ne sont pas à l'abri.
Les étapes de la "Discovery", telle qu'elle est pratiquée
par les juridictions américaines, n'ont aucun équivalent
en France.
Ainsi, après le dépôt d'une requête puis des
conclusions en réponse, il y a une période pendant laquelle
chaque partie peut procéder à des "Discovery" à l'encontre
de l'autre partie mais également à l'encontre de n'importe
quelle autre tierce-personne qui n'est pas partie au procès. (Dans
une action à l'encontre d'une société américaine,
ou même d'une société étrangère ayant
des activités aux ETATS-UNIS, vous aurez la faculté d'exercer
vos droits de faire la "Discovery" impliquant les administrateurs et les
dossiers internes et normalement confidentiels de cette société.)
Il y a au moins trois procédés pour obtenir une "Discovery"
:
-
les interrogatoires, "interrogatories", sont des questions écrites
auxquelles la partie adverse doit répondre par écrit,
-
les "requests for production of documents" sont les requêtes écrites
réclamant certains documents à la partie adverse. Celles-ci
peuvent être plutôt larges, et ne pas être spécifiques.
Par exemple, "tous documents internes de la société américaine
qui peuvent être utilisés contre elle". Par exemple, vous
pouvez obtenir des documents internes, les factures de téléphone
et les agendas de toutes personnes qui auraient pu s'engager dans des actions
de concurrence déloyale, si vous pensez avoir une telle action.
-
une déposition, "deposition", est à dire un examen oral par
l'avocat représentant les intérêts d'une partie adverse
aux intérêts du témoin ou de son employeur. C'est similaire
à un interrogatoire pénal (mais sans la présence d'un
juge), ou un témoignage devant un Tribunal, car tout ce qui se dit
peut-être pris en note par un greffier. On peut aussi faire une vidéo
pour enregistrer non seulement les dires mais aussi l'attitude du témoin.
La chose la plus frappante en ce qui concerne la "Discovery" est sans doute
sa portée inhabituelle. Cette portée va bien plus loin que
tout ce qui (d'un point de vue français) est admissible au niveau
des preuves et même plus loin que tout ce qui est pertinent pour
l'affaire. La règle générale est d'autoriser toute
requête pertinente ou qui puisse conduire à la découverte
d'une preuve pertinente.
Bien entendu, l'application de cette procédure de "Discovery"
est jugée abusive par la plupart des juridictions étrangères.
Mais si les actifs qui sont les objets du litige se trouvent aux ETATS-UNIS,
il devient difficile pour une partie étrangère de se prévaloir
d'une protection des lois de son pays d'origine.
"Punitive Damages" et "Statutory
Damages"
Au cas où le jury ou le juge
constate qu'une des parties a violé certaines lois fédérales
ou de l'Etat des ETATS-UNIS applicables à l'affaire, parfois les
"dommages-intérêts dissuasifs" peuvent être multipliés
par trois (dit des : "treble damages") ou même plus.
Par exemple, le non-respect de certaines lois liées à
la concurrence déloyale, la discrimination raciale ou la discrimination
contre les personnes âgées de plus de 50 ans peut entraîner
ces dommages-intérêts dissuasifs.
Ces dommages-intérêts dissuasifs sont connus sous le nom
de "Punitive Damages" ou "Statutory Damages".
L'American Arbitration
Association
L'American Arbitration Association est une cour d'arbitrage reconnue
et acceptée aux ETATS- UNIS. Par rapport aux instances d'un Tribunal
Fédéral ou d'un des Etats, un tel arbitrage représente
les avantages suivants :
-
le lieu d'arbitrage est fixé par convention avant le litige, ce
qui écarte le risque de se trouver devant un Tribunal en Amérique.
-
l'(les) arbitre(s) à Chicago, Washington, ou New York, n'aura pas
de préjugés, trop souvent présents en Amérique.
-
la partie défenderesse sera privée de son droit de demander
un jury dont les membres risquent d'avoir des préjugés envers
les étrangers.
-
le "Pre-trial discovery" est plus limité et par conséquent
moins cher, notamment en ce qui concerne les honoraires et les frais d'avocat.
En revanche, les principaux désavantages sont les suivants :
-
les parties doivent payer les frais et les honoraires de(s) l'arbitrage(s).
-
la partie qui perd, risque d'être condamnée à supporter
plus de 50% de l'ensemble des frais d'arbitrage et les honoraires de l'avocat
de la partie adverse, ce qui peut constituer une surprise désagréable.
Les avantages d'une action devant un TDC sont nombreuse quand la partie
adverse n'a pas d'établissement fixe en France :
-
la société américaine risque en effet de se trouver
en état d'infériorité si :
-
elle ne maîtrise pas le droit français,
-
elle n'a pas d'Avocat français qui parle couramment l'anglais et
qui connaît aussi le droit américain,
-
le TDC saisi de l'affaire se trouve hors de PARIS, et
-
les documents de procédure seront forcément en français.
-
la société américaine ne peut pas faire subir à
la partie française le calvaire du "Pretrial discovery".
-
la société américaine risque de perdre son droit de
demander des "Punitive damages" et des "Statutory damages", qu'elle soit
partie demanderesse ou défenderesse dans l'affaire,
-
la société américaine perd son droit de demander la
désignation d'un jury composé de ses concitoyens.
l'exécution provisoire est souvent accordée par le TDC, un
avantage normalement qui en principe n'est pas accordé par un tribunal
américain. En conséquence, en France on n'a souvent pas besoin
d'attendre deux ans en première instance et au moins un an en appel
en FRANCE avant de demander un titre exécutoire aux ETATS-UNIS.
La CCI (Chambre de Commerce Internationale)
Un arbitrage devant des arbitres nommés conformément aux
règles de la CCI a aussi des avantages :
-
l'arbitrage peut avoir lieu dans une grande ville comme Paris ou New York
dans la langue convenue par les parties dans leur convention.
-
souvent les documents peuvent être en français et anglais,
sans que les traductions soient nécessaires.
-
les parties peuvent choisir la loi applicable à leur contrat.
En conséquence, les Américains acceptent plus facilement
un arbitrage devant la CCI que de se trouver devant un TDC dans la France
profonde.
En ce qui concerne les inconvénients, les frais et honoraires
de la CCI sont plus importants que ceux du TDC.
Comment limiter les risques de comparaître
devant un Tribunal américain
Il existe, au moins quatre manières de limiter les risques de
se trouver devant un Tribunal aux ETATS-UNIS dans l'Amérique profonde
:
-
conclure préalablement une convention pour une affaire déterminée
avec une clause d'attribution de compétence et cela avec l'aide
d'un conseil spécialisé,
-
prendre rapidement conseil, si votre société est assignée
ou risque de l'être,
-
avoir soi-même des conditions générales de vente susceptibles
de recevoir application non seulement en France mais aussi aux Etats-Unis,
et
-
initier une action préventive en justice, si cela s'avère
possible.
Prenez rapidement conseil
Si votre société est assignée aux ETATS-UNIS, il
est primordial de prendre rapidement conseil car le Tribunal peut être
incompétent (en droit américain) ou le forum peut être
considéré comme un "forum non conviens" (toujours en droit
américain). Si votre avocat soulève rapidement ces questions
de compétence, parfois vous pouvez éviter d'être obligé
de vous défendre devant un Tribunal qui ne vous convient pas.
Une clause d'attribution de compétence
Les sociétés américaines ont l'habitude de prévoir
une clause d'attribution de compétence dans des conventions. En
annexe A vous trouverez une clause proposée récemment par
une société américaine et aussi un extrait de ma réponse.
Il faut presque toujours vous défendre de cette manière,
si les parties ont prévu de signer une convention.
Les conditions générales
de vente
Alors que la Convention de Bruxelles sur la libre circulation des jugements
[en Europe] n'autorise pas l'application d'une clause d'attribution de
compétence prévue uniquement dans vos conditions générales
de vente (sans que l'autre partie l'ait acceptée par écrit),
la jurisprudence américaine accepte plus facilement une acceptation
tacite d'un telle clause. Je conseille donc aux clients français
de modifier leurs conditions générales de vente pour mieux
se protéger. (Annexe B).
Attaquer en justice le premier, si cela s'avère
possible.
Si :
-
il n'existe pas de clause d'attribution de compétence, et
-
vous souhaitez que l'affaire passe devant un Tribunal de Commerce en FRANCE,
et
-
la société américaine a un établissement fixe
en France, ou
-
les représentants de la société américaine
étaient venus en France pour négocier vos rapports commerciaux,
ou
-
soit le PDG, soit le Directeur Marketing de la société américaine,
lors d'un voyage d'affaire en France, a reçu personnellement l'assignations
des mains propres d'un huissier, ou
-
certaines autres conditions assez restrictives sont réunies,
vous pouvez généralement attaquer le premier en France et
il y a de fortes chances que vous puissiez obtenir un titre exécutoire
aux ETATS-UNIS. Mais, si cette troisième condition n'est pas réunie,
vous risquez d'obtenir seulement un jugement valable en France.
Vous trouverez en Annexe C un extrait d'une lettre que j'ai adressée
à un client bordelais pour le prévenir qu'une action devant
un TDC était déconseillée.
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NOTE AU LECTEUR
Les notes et documents que vous pouvez consulter sur ce site sont
présentés dans un souci d'information et ne constituent nullement
une consultation juridique. Chaque situation est particulière et
requiert un examen spécifique qui ne peut être l'oeuvre que
d'un professionnel du droit, spécialiste en la matière et
au fait des différentes implications de la question. En outre, il
faut avoir conscience que la législation, réglementation
et jurisprudence changent en permanence. Ce que l'on tient pour acquis
tel jour peut être révolu le lendemain. Ainsi, un exposé,
aussi détaillé soit-il, ne remplace pas la relation étroite
qui doit s'établir entre une entreprise et son avocat, relation
indispensable à la fonction de conseil en matière juridique. |