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Il existe principalement deux moyens dacquérir une entreprise aux Etats-Unis.
La façon dacquérir une entreprise, a en outre, dimportantes implications fiscales dont certaines font lobjet de développements à la fin de la présente note.
* (le terme "parts sociales" comme toute part du capital d'une société, notamment les actions.)
Que ce soit dans un contexte français ou américain, lacquisition de parts sociales permet, en général, de poser les même questions:
La grande majorité des sociétés américaines, comptant un nombre très limité dassociés, ne présentent pas de comptes certifiés par un commissaire aux comptes. Même si de tels comptes existent, ils peuvent ne pas révéler toute létendue du passif social.
En conséquence, afin de pouvoir disposer du temps nécessaire pour appréhender ledit passif social, un acquéreur potentiel devra obtenir de la société cible une promesse écrite de ne pas mener de négociations parallèles pendant une durée pouvant aller jusquà 6 mois.
Durant ce délai, lacquéreur :
Même si la société cible nest engagée dans aucun procès, le risque caché ou inconnu de contentieux peut représenter un enjeu financier supérieur à la valeur de la société cible.
Par exemple, il arrive que des jurys populaires condamnent l'entreprise à des dommages et intérêts de plusieurs millions de dollars, soit à titre compensatoire, soit à titre de sanction (les punitive damages, notion inconnue du droit français de la responsabilité civile, lequel interdit par principe une réparation supérieure au dommage subi par la victime et na pas pour fonction dinfliger une sanction au responsable).
Il peut en être ainsi, notamment :
(Voir Les contentieux commerciaux avec les américains : comment éviter dêtre attaqué aux Etats-Unis.)
Lacquéreur devra par ailleurs :
En outre, pour garantir le passif de la société, une partie du prix dachat devrait être placée sous séquestre pendant une durée suffisante et/ou lacquéreur devrait obtenir dautres garanties (personnelles, bancaires, etc.).
Une solution alternative, consistant à prévoir des paiements échelonnés sur plusieurs années, est fréquemment utilisée par les praticiens, ladministration fiscale américaine appliquant à ces paiements échelonnés un traitement favorable : limposition des plus-values (capital gains) dégagées par le cédant à loccasion de la cession des parts est en effet étalée sur la durée des paiements échelonnés.
(Naturellement, de telles garanties contractuelles ont pour objet des risques divers et représentent des sommes très importantes, mais les acquéreurs européens doivent prendre conscience des risques de contentieux existant aux Etats-Unis et quon ne rencontre habituellement pas ailleurs.)
Dans la mesure où les cédants sattendraient à obtenir les même garanties si les rôles étaient inversés, de telles garanties sont bien souvent négociables et finalement octroyées.
Aux Etats-Unis, les employés sont bien plus mobiles quen France. Il en résulte quil peut paraître indispensable, dune part, de déterminer quels sont les dirigeants et autres cadres clés et, dautre part, de leur octroyer, dès avant la cession des actions, des avantages (des stock-options par exemple) en contrepartie dun engagement de fidélité de leur part.
Dun autre côté, dans de nombreux Etats, les employés sont considérés comme des employees at will pouvant de ce fait être renvoyés presque sur le champ et sans indemnité, du moins tant que le licenciement ne repose pas sur une discrimination fondée, par exemple, sur lâge, lorigine ethnique ou le sexe.
A moins que les statuts (Certificate of Incorporation et By-Laws) ou un pacte extra-statutaire entre les associés de la société cible nen disposent autrement, le contrôle de la société est en général détenu par lassocié ou les associés disposant de 51 % des actions, le concept de minorité de blocage nexistant pas en principe.
Toutefois, tout comme en droit français, un associé majoritaire ne peut abuser de sa situation de majoritaire aux dépens des minoritaires. Si le cessionnaire potentiel nest pas prêt à offrir aux minoritaires le même prix par part sociale que celui quil offre à son cédant pressenti, le projet doit être examiné avec soin par un conseil américain afin de prévenir tout litige.
En raison de la difficulté à prévoir et chiffrer les risques de passif caché ou inconnu, la forme préférée dacquisition aux Etats-Unis est généralement la cession déléments dactif.
Il en irait cependant différemment sil existait dimportantes pertes fiscales à reporter sur les exercices suivants (tax loss carry-forwards), des droits nés dun contrat de franchise ou d'un contrat dassurance de responsabilité civile, tous éléments attachés à lentreprise cédée, en tant que personne morale poursuivant sa vie sociale, et qui ne pourraient pas être acquis par une simple cession déléments dactifs. Cela conduirait, alors, et par exception, à la solution habituellement retenue, d'une cession de parts sociales.
Parmi les avantages de la formule habituellement préféré de cession dactifs, on peut citer :
Dans certains Etats, lacquéreur, dans le cadre dune cession globale dactifs, peut voir sa responsabilité engagée en raison de dommages corporels résultant de produits défectueux fabriqués par le cédant, même si lesdits dommages surviennent postérieurement à la cession !
Il existe cependant en droit américain des dispositions issues dune loi portant sur les cessions globales (Bulk Sales Act - Article 6 du Code de Commerce Uniforme) qui permettent à lacquéreur de la quasi-totalité des actifs de certaines sociétés déviter davoir à assumer certaines des dettes du vendeur ; lacquéreur doit pour cela notifier le projet de cession aux créanciers de la société cible.
Cependant, il nest pas rare que lacquéreur renonce aux droits résultant de la loi précitée, le vendeur et lacquéreur craignant que les notifications à opérer ne soient trop lourdes à gérer, ou engendrent des litiges ou encore troublent les relations commerciales avec les plus importants fournisseurs.
Lacquéreur peut parfaitement consentir à une telle renonciation, pourvu que les sommes séquestrées et les autres garanties soient suffisantes.
Si le passif caché ou inconnu (potential off-balance sheet contingent liabilities) était potentiellement supérieur, à la fois, à la somme placée sous séquestre et au montant des autres garanties prévues, lacquéreur pourrait être amené à envisager de faire acquérir les actifs de la société cible par une nouvelle société créée à cet effet, afin de protéger les biens de la société-mère française. Si une telle stratégie était jugée préférable, il serait important que la nouvelle filiale américaine soit gérée dans des conditions normales et courantes ("operated on an arm-length basis") afin de diminuer le risque de voire les créanciers chercher à contourner lobstacle que constitue lexistence de deux personnes morales distinctes (une question complexe en soi).
En outre, la création aux Etats-Unis dune filiale destinée à recevoir les actifs cédés permet généralement de réduire de manière très significative les frais dexpertise-comptable liés à la préparation des déclarations fiscales, tant au niveau fédéral que local.
Aux Etats-Unis, les cessions dentreprise ont, du point de vue tant de lacquéreur que du vendeur, des conséquences fiscales différentes selon quil sagit de cessions de parts sociales ou dactifs.
Il est donc important, pour lacquéreur français, de prendre en considération ces aspects fiscaux avant dentamer les négociations sur le prix dacquisition et même celles concernant la promesse préalable, déjà évoquée, lui assurant lexclusivité des négociations.
Par exemple, lorsquil sagit dune cession de parts sociales, les actifs de lentreprise, dun point de vue fiscal, conserveront la valeur à laquelle ils étaient enregistrés dans la comptabilité avant la cession (book value), cest-à-dire leur valeur résiduelle comptable.
Si les actifs datent de quelques années et sont toujours en service, leur valeur résiduelle (prix d'acquisition moins amortissement) sera probablement très inférieure à leur valeur vénale.
Cela limitera dautant les possibilités futures de déductions fiscales pour amortissement. Cela pourra, en outre, donner lieu à taxation de la plus-value dégagée par la revente éventuelle dun ou de plusieurs éléments dactif postérieurement à lacquisition des actions.
Lorsquil sagit en revanche dune cession dactifs, le prix de vente des biens tel que stipulé dans lacte dacquisition constituera la valeur comptable initiale (la valeur brute) des biens dans les comptes de la société cessionnaire.
Cela permettra à cette dernière, lacquéreur, dinscrire les actifs achetés pour une valeur qui sera souvent supérieure la valeur résiduelle nette comptable dans les livres du vendeur.
Ainsi, lacquéreur pourra tirer un meilleur avantage des règles damortissement pour diminuer son impôt sur le résultat par des amortissements plus conséquents. En outre, en cas de revente de certains éléments dactif, les plus-values générées seront moins importantes quen cas de cession.
Aux Etats-Unis, les contrats de cession de parts ou dactifs sont très complexes.
Aussi, aucun acquéreur avisé nentamera de négociations sans avoir pris conseil en matière juridique et comptable, afin de déterminer la meilleure stratégie de négociation. Tout Européen se préparant à sa première acquisition aux Etats-Unis devrait aussi envisager la lecture de louvrage de référence en la matière : Anatomy of a Merger - Stategies and Techniques for Negotiating Corporate Acquisition par James C. FREUND (Law Journal Seminars-Press, New York, New York).
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